Le poker a toute blind
Il est petit mais riche à millions, il est insaisissable, mais tout le monde se l’arrache : Tom Cruise ? Non, le jeton de poker. Sous ses quelques grammes de plastique, se cache un phénomène furieusement tendance qui fait tourner bien des têtes. Pour le séduire, Patrick Bruel s’est même converti en texan mâcheur de chique.
Avant, le poker, c’était un jeu de hasard pour cow-boys, une passion pour barbouzes aux poches de smoking pleine de liasses de billets, un vertige laissé aux plus téméraires. Désormais, grâce en partie au sex-appeal de Patrick, le poker est le jeu de bien d’excitations… Il se pratique à deux en toute intimité – un strip-poker et zou on finit sous la couette -, seul sur Internet, à plusieurs dans un cercle, au casino ou dans son salon. Et comme si tout cela ne suffisait pas, il s’offre même six émissions de télé. En un mot, il est moderne. Tellement qu’on en oublierait presque qu’il est du genre exigeant. Fold, bankroll, river, flush, brelan… son vocable américain s’emploie sans traduction. Et s’il revêt plusieurs partitions de jeux, comme pour mieux nous faire chanter, il n’y en a qu’une seule qu’il faut savoir maîtriser : le Texas Hold’em.
Grâce à cette variante la plus jouée en France, le poker s’est refait… une jeunesse. L’adage veut qu’il « s’apprenne en cinq minutes mais qu’il faut toute une vie pour le maîtriser ». Convivial mais stratégique, c’est là une des raisons de son succès. « Le bridge de maman est un jeu de hasard, le poker, lui, est un jeu d’experts. La chance ne représente que 20% de la ruse » précise Arsène, fidèle du Cercle Concorde. Le poker à l’heure de l’égalité des chances, c’est jouez plus pour gagnez plus. Si l’équation paraît simple au prime abord, elle peut vite devenir aussi incompréhensible qu’une grille de sudoku pour les néophytes. Statistiques obligent. À tel point que certains as du tapis se s’enorgueillissent d’être des athlètes marathoniens, multipliant les tournois sans trouver le temps de « se coucher ».
Si le poker est aussi séduisant, c’est qu’il est un dramaturge implacable. Grâce à Internet, il nous offre désormais la possibilité de se ruiner sans sortir de chez soi. Menteurs nés ou novices en mal de sensations fortes, toutes couches sociales et tous âges confondus, tous ont succombé à la cybertentation. Bien que ces sites soient interdits en France, Google une réserve d’offres abyssales. Pour le coup à tous les coups, l’on gagne. Paiement rapide, voitures, voyages, places dans les grands tournois, le poker est un commercial chevronné. Question tiroir-caisse virtuel, il se frotte les mains. Le poker n’a rien d’un enfant de choeur et les sites, domiciliés offshore bien sûr, prennent entre 10 et 20% de commission à chaque partie. Le Jackpot. « Quand la folie m’a piqué, je n’ai pas réussi à m’en débarrasser. J’étais devenu agressif. Sur Internet, il faut non seulement vaincre son adversaire mais la banque. C’est comme si c’était un énorme aquarium dans lequel on était des poissons rouges oubliant en deux secondes ce qu’on vient de perdre. Je ne me voile pas la face, je suis un suicidaire » raconte Stéphane sur son blog. Mais avec cette solitude électronique, on en oublierait presque que le poker est un art. L’art de bluffer, un face à face de western.
Tel un samouraï, le poker exige que force soit supposée mais jamais exhibée pour mettre K.O son adversaire. Pas question si la bonne carte sort de faire l’enfant qui va a Disneyland. Il s’agit plutôt d’adopter un regard taciturne à la Clint Eastwood. Le poker est un jeu hautement psychologique. Pas étonnant qu’il soit le nouveau chouchou des femmes qui misent sur le poker « full » sentimentale entre amies (et avec cela, deux cent ans de son machisme partent en fumée). Le poker aime le détail, la face cachée, la fêlure de ses joueurs. On bluffe donc on est. Dans une société en mal d’identité, le poker affiche ouvertement la question « Mais qui es-tu toi là assis à ma table ? » Et quand on ne devine pas, c’est donc la vie (enfin surtout notre argent) qui nous échappe. Paul Newman ironise : « Si vous êtes à une table de poker et que vous n’arrivez pas à savoir lequel de vos adversaires va être le pigeon de la soirée, c’est qu’il y a de grandes chances que ce soit vous. » That’s poker man !
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