Qu’est-ce qu’une bonne série télévisée ? Une série télé qui n’est pas française. Julie Lescaut peut bien traquer les petits voyous, elle ne mettra pas au tapis Jack Bauer occupé à déjouer les grands terroristes. La série américaine est à la soirée télé ce que le maillot de bain de Pamela Anderson est à Alerte à Malibu : in-dis-pen-sable.Scènes d’hystérie quand Matthew Fox sort de son île, ventes re-cord de DVD, pics d’audiences, la série télé made in USA est plus qu’un divertissement, elle est un phénomène de société. Depuis qu’Urgences a investi nos petits écrans, en 1999, détrônant le sacro-saint film du dimanche soir, le phénomène ne faiblit pas. Le cinéma vient y puiser les pépites d’originalité et bientôt les héroïnes de Desesperate Housewife s’épancheront sur nos téléphones portables.

Résultat, la fiction française a de quoi rougir : faible audience et peu exportée, elle est à la traîne de sa cousine américaine. Navarro jette l’éponge après vingt ans de service et la série l’Hôpital diffusée en prime time qui, avec moins de 3 millions de téléspectateurs, laisse un goût amer à TF1. On préfère se faire ausculter de l’autre côté de l’Atlantique par le beau Patrick Dempsey (Grey’s Anatomy) qu’en France par Yannick Soulier (l’Hôpital). N’allons pas croire que tout est dans le budget du stéthoscope…. Pas besoin d’une super production à la sauce hollywoodienne pour qu’une série française prenne. Plus belle la vie est suivie quotidiennement par cinq millions de téléspecta-teurs, devant la grande messe du 20h de France 2, pour un bud-get de 80 000 euros par épisode. Rien à voir avec celui de Grey’s Anatomy qui coûte 1,2 millions de dollars par épisode mais avec 4,2 millions de téléspectateurs en France, elle est moins regardée. Cocorico !

Mais chiffres ou non, force est de constater, que La Mecque de la série télé n’a rien à nous envier. Question folie et originalité, on zappera. Exit l’inventivité des situations Jack-bauréienne , les blagues sur les bombes siliconées dans Nip Tuck. En France, la ménagère de moins de 50 ans (car en France on ne cible pas nos séries !) est lisse, politiquement correcte. Pas question de filmer notre Catherine Deneuve sur une table d’opération se faire im-planter les cendres de son mari dans ses seins. On censure déjà des scènes de Lost et l’on édulcore le doublage de Friends (la série est interdite au moins de 12 ans aux Etats-Unis mais est tout public en France).

« La fiction française aujourd’hui c’est la peinture soviétique des années 30 : conformiste, autocensure, immobilisme. Tout ce qui casse la création des scénaristes. » dresse Martin Winckler, spécialiste des séries télévisées. La fiction doit faire sa révolution. Facile à dire. Les enfants de Bervelly Hills sont exigeants et l’équation est périlleuse pour les scénaristes. Ils doivent trouver nos Heroes qui soit le reflet de notre culture tout en évitant d’enfourner une baguette de pain sous le bras d’un acteur. Mar-tin Winckler raconte : « On m’a consulté pour une fiction qui se passe dans un hôpital non parce que je suis médecin mais pour ma connaissance sur les séries télé. Le scénario était bourré de clichés mais le réalisateur était trop frileux, prétextant la sainte reine de l’audience, pour exprimer un point de vue fort». Moralité, « il faut faire sauter les tabous et en finir avec les commis-sariats trop propres » comme l’avoue un fan de Weed, série sur une mère dealeuse.

Et sur le sujet, les Américains nous coiffent largement sur le po-teau pour une simple et bonne raison : le réflexe de Pavlov. De l’autre côté de l’Atlantique, la série c’est LE rendez-vous phare de la soirée. Hors de question que le téléspectateur aille se per-dre dans son programme télé. A chaque chaîne, sa série et à chaque série ses scénaristes qui redoublent d’ingéniosité toutes les semaines pour contrer le voisin. Sur les plages de Malibu, requins un jour peut vouloir dire tromperie au prochain épisode.

En France, on évite tout crêpage de chignon entre les grandes chaînes. On se regarde du coin de l’œil d’une tranchée à l’autre sans jamais se combattre. Question encore de frilosité. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Faute de têtes brûlées, les chaînes ne pren-nent pas le risque de déplaire à cet audimat si difficile à conqué-rir en finançant des séries françaises. On s’en serait douter… Martin Winckler explique : « En France, on lance timidement une série et l’on attend de voir ce qui se passe. Et si ça marche, le temps de produire un autre épisode, les téléspectateurs ont perdu le fil ». C’est donc tout le pacte entre auteurs et producteurs qu’il faut remettre à jour. Les Américains, patrie de la série, eux, ont tous compris… Et il est vrai qu’à y regarder de plus près les seules séries qui marchent, Sous le Soleil (diffusée dans 80 pays) et Plus belle la vie, sont produites à l’américaine. Avec des saisons de 20 épisodes (et pas 6 comme à l’accoutumé) ou des scénarios qui se font de semaines en semaines pour coller à l’actualité. Amour, gloire et beauté, nous aussi on sait vendre du rêve. Ne soyons pas si desesparate que ça…



No Responses Yet to “Sérialement nôtre”  

  1. No Comments Yet

Leave a Reply